Réintroduction imminente du Gaucho en Suisse, que peut-on faire ?

Le débat est incontestablement ouvert en Suisse en ce qui concerne la réintroduction provisoire d’un insecticide. Il s’agit du « Gaucho », un produit à base de néonicotinoïdes dits « tueurs d’abeilles » développé par la multinationale allemande Bayer. Des pays voisins ont déjà approuvé ce retour.
Quelle est la position de la Suisse? Existe-t-il des alternatives?
(English version below)

Le puceron vert, vecteur de la jaunisse virale, représenterait actuellement une menace pour la production de betteraves. Pour le combattre, la filière suisse du sucre demande la levée provisoire de l’interdiction de 2018 d’utiliser ce produit à base d’imidaclopride faisant partie de la famille des néonicotinoïdes.

De par son activité avec les abeilles prônant leur sauvegarde, notre équipe se doit de se pencher sur cette question afin d’en évaluer les risques.

La question est plutôt complexe car il s’agit de prendre en considération de nombreux facteurs. En voici quelques-uns:

  • les abeilles sont-elles directement impactées?
  • quels sont les risques économiques et écologiques liés à la chute de la production de betteraves en Suisse?
  • existe-t-il des alternatives aux pesticides?


Les abeilles sont-elles directement impactées?

Les abeilles ne sont pas directement concernées par l’utilisation d’insecticides pour la culture de la betterave car celle-ci n’est pas mellifère. Si les abeilles approchent cette plante, c’est uniquement pour en récolter les gouttelettes sécrétées par celle-ci car elle contient des oligo-éléments utiles à sa nutrition. Leur exposition aux néonicotinoïdes utilisés pour la culture betterave serait donc a priori limitée.

Dans ce contexte précis, le risque se situerait plutôt au niveau de la pollution des sols et des eaux. Les espèces vivant à même ou dans le sol ou encore dans les cours d’eau seraient par conséquent davantage menacées.

Toutefois, nous savons que le cumul de quantités même infimes de pesticides d’origines diverses (cultures et usage privé) peut être problématique aussi pour les abeilles. D’autant plus que si une réintroduction du Gaucho est autorisée, nous n’avons pas encore la certitude que son utilisation serait limitée à la culture seule de la betterave.

Quels sont les risques économiques et écologiques liés à la chute de la production de betteraves en Suisse?

Sachant que des pays voisins sont en passe d’approuver le retour du « Gaucho » pour sauver leurs cultures de betterave, la Suisse se retrouverait à devoir importer du sucre de ces mêmes pays ou même de pays plus lointains comme le Brésil où les réglementations sont moins en faveur de la sauvegarde de l’environnement. Cette concurrence mettrait en grande difficulté les agriculteurs suisses et nuirait donc à l’économie locale. D’un point de vue environnemental, il n’y aurait pas non plus d’avantages en raison de la pollution créée par le transport de marchandise somme toute néfaste car traitée avec des produits chimiques.

D’autre part, si l’eau du robinet est potable en Suisse, il n’en reste pas moins que des traces de pesticides ont été décelées tout récemment dans les régions agricoles (RTS, 19.09.2020).

Le processus de dégradation de ces produits dans l’eau souterraine peut être très lent avec une présence dans l’eau du robinet même plusieurs années après leur interdiction. Le risque pour nous, humains, est bien présent puisque ces produits se retrouvent ensuite dans notre alimentation et dans l’eau que nous buvons. Quant à l’eau en bouteille plastique, elle ne garantit pas forcément une plus grande sécurité en termes de présence de produits chimiques et nous savons bien que le plastique représente un problème environnemental majeur.

Quand on sait qu’il faut souvent des années pour réussir à faire retirer du marché des produits nuisibles, le retour de certains d’entre eux, même pour une durée a priori déterminée, ne contribuerait-il pas à détourner les efforts nécessaires à rechercher et mettre en application rapidement à large échelle des solutions  respectueuses de l’environnement?

Quelles sont les alternatives aux pesticides?

Même si pour ce cas précis, les abeilles ne sont a priori pas les plus touchées, celles-ci restent le symbole bien ancré dans l’esprit de chacun de l’importance de sauvegarder la biodiversité pour notre santé notamment. 

Chez Bees4You, nous sommes plutôt tournés vers un avenir où la question environnementale dans sa globalité  détient une place prépondérante dans les débats politiques et économiques. L’article du mois de février « Les pesticides hautement dangereux représentent un tiers des ventes » de la RTS développe la situation de manière détaillée sur la base d’une enquête réalisée par Public Eye. Selon cette étude, plus de 26 substances « hautement dangereuses » sont épandues en Suisse pour un volume de plus de 270 tonnes. 

Des solutions et des alternatives existent déjà. L’agroécologie mise sur la biodiversité et connaît de bons résultats. Cette approche est présentée dans l’article « Pesticides: lacunes et alternatives », Le Courrier, février 2020. Pro Natura se positionne également de manière très détaillée sur cette question: « Stop aux pesticides dans notre environnement! ».

A lire aussi:

Plutôt qu’une vision à court terme, nous encourageons nos lecteurs à avoir une vision à long terme pour la sauvegarde de notre environnement et à se mobiliser pour la mise en application plus rapide d’actions concrètes!

The imminent reintroduction of the Gaucho in Switzerland, what can be done?

 

There is undoubtedly an open debate in Switzerland about the temporary reintroduction of an insecticide. It is the « Gaucho », a product based on neonicotinoids known as « bee killers » developed by the German multinational Bayer. Neighbouring countries have already approved this return.
What is Switzerland’s position? Are there any alternatives?

The green aphid, a vector of viral yellowing, currently represents a threat to beet production. To combat it, the Swiss sugar industry is calling for the temporary lifting of the 2018 ban on the use of this imidacloprid-based product from the neonicotinoid family.

Because of its work to protect bees, our team must look into this issue in order to assess the risks.

The question is rather complex as it involves taking many factors into consideration. Here are some of them:

  • are bees directly affected?
  • what are the economic and ecological risks associated with the decline in beet production in Switzerland?
  • are there alternatives to pesticides?

Are bees directly affected?

Bees are not directly affected by the use of insecticides for beet cultivation because beet is not a honey crop. If bees approach this plant, it is only to collect the droplets secreted by the plant because it contains trace elements useful for its nutrition. Their exposure to the neonicotinoids used for beet cultivation would therefore a priori be limited.

In this precise context, the risk would rather be at the level of soil and water pollution. Species living in or on the soil or in watercourses would therefore be more at risk.

However, we know that the accumulation of even tiny amounts of pesticides from various sources (crops and private use) can also be problematic for bees. All the more so since if a reintroduction of the gaucho is authorised, we are not yet certain that its use would be restricted to beet cultivation alone.

What are the economic and ecological risks associated with the decline in beet production in Switzerland?

Knowing that neighbouring countries are in the process of approving the return of the « Gaucho » to save their beet crops, Switzerland would find itself having to import sugar from these same countries or even from more distant countries such as Brazil, where regulations are less favourable to environmental protection.

This competition would put Swiss farmers in great difficulty and thus harm the local economy. From an environmental point of view, there would also be no benefits because of the pollution created by the transport of goods that are, after all, harmful because they are treated with chemicals.

On the other hand, although tap water is safe to drink in Switzerland, traces of pesticides have recently been detected in agricultural regions (RTS, 19.09.2020).

The process of degradation of these products in groundwater can be very slow with a presence in tap water even several years after their ban. The risk for us humans is very real since these products then end up in our food and the water we drink. As for water in plastic bottles, it does not necessarily guarantee greater safety in terms of the presence of chemicals, and we are well aware that plastic is a major environmental problem.

Given that it often takes years to successfully remove harmful products from the market, wouldn’t the return of some of them, even for a fixed period of time, divert the necessary efforts to quickly find and implement environmentally friendly solutions on a large scale?

What are the alternatives to pesticides?

Even if, in this particular case, bees are not the most affected, they remain the symbol, firmly anchored in everyone’s mind, of the importance of safeguarding biodiversity for our health in particular.

At Bees4You, we are rather looking forward to a future where the environmental issue as a whole holds a prominent place in political and economic debates. RTS’s February article « Highly hazardous pesticides account for a third of sales » details the situation on the basis of a survey conducted by Public Eye.

According to this study, more than 26 « highly hazardous » substances are applied in Switzerland in a volume of more than 270 tonnes.

Solutions and alternatives already exist. Agro-ecology is based on biodiversity and is achieving good results. This approach is presented in the article « Pesticides: gaps and alternatives », Le Courrier, February 2020. Pro Natura also takes a very detailed position on this issue: « Stop pesticides in our environment! »

Rather than taking a short-term view, we encourage our readers to take a long-term view to safeguard our environment and to mobilise for the faster implementation of concrete actions!